Durant l’Antiquité, mare nostrum ou « notre mer » est l’expression latine utilisée par les Romains pour désigner la Méditerranée. Reprise par Mussolini pour sa propagande fasciste et colonialiste, elle devient en 2013 le nom d’une opération humanitaire visant à secourir en mer les immigrés clandestins. Tantôt clivant ou fédérateur, le sens de cette puissante formule a évolué dans l’Histoire, à l’image du bassin méditerranéen lui-même. Cependant, trois facettes semblent immuables à l’identité de la mer Méditerranée : source intarissable d’inspiration, elle est à la fois berceau des civilisations et terre de conflits. C’est autour de ces trois thématiques qu’est constitué le parcours de l’exposition composé d’une quarantaine de sculptures.

Berceau des civilisations

Jaume Plensa, Nest III (détail).

2012. ©J. Plensa/ADAGP Paris, 2019. Coll. privée. Photo : ©Espace Monte-Cristo

L’identité méditerranéenne est plurielle : fruit de différents langages, de différentes coutumes et d’autant de cultes.  Bien que riche de traditions orales, la Méditerranée reste le berceau de l’écriture, précieuse garante de la mémoire, permettant d’inscrire dans l’Histoire les événements présents et passés.

Porteurs de valeurs philosophiques, les mythes anciens constituent l’un des piliers de la culture occidentale. Les artistes se nourrissent de ce terreau commun pour créer de puissantes allégories et mieux nous questionner sur le monde actuel, à travers le détournement d’un symbole, l’invocation d’une divinité ou l’interprétation d’une fable.

Matrice des trois grandes religions monothéistes, le bassin méditerranéen est également le théâtre de ses conquêtes. Ce que l’on appelle les « religions du Livre » ont, par leur portée, diffusé autour du globe d’autres récits sur la construction du monde et de l’humanité.

Niki de Saint-Phalle
Blue Goddess Thoëris hippolamp

1990. Coll. privée. ©Niki charitable art foundation/ADAGP Paris, 2019
Photo : ©Tim Perceval

La muse Méditerranée

Il est difficile de définir cette inspiration méditerranéenne. Cependant, la Mare Nostrum reste une muse que les artistes aiment à invoquer. Ils célèbrent à la fois sa nature singulière, son quotidien, ses épopées.
Sous le regard du sculpteur, toute chose visible ou invisible devient sujet de contemplation : chaque couleur de sa palette, l’essence d’un arbre qui ne pousse que sur ses terres ou un vent sec, froid et violent qui éclaircit son ciel et porte ses bateaux.

En s’inspirant de fugaces impressions de vie ou de singularités régionales, les artistes tentent dans leurs démarches de retranscrire la noblesse de la vie rurale et la douceur des nuits méditerranéennes.
Terre fertile d’aventures et d’utopies, la Méditerranée, en dépit de sa brutale réalité, reste une terre propice aux quêtes individuelles et collectives, aux rêves de refuges et d’exils.

Hakima El Djoudi, Petite armée 0090.
2010.
Collection Fondation Villa Datris ©ADAGP Paris, 2019. Photo : ©Tim Perceval

Claude Viallat, 1985/F033. 1985
Collection privée. Photo : ©A. Mole

Terre d’enjeux

Rym Karoui, Virus de la révolution (détail).
2011.
Collection Fondation Villa Datris. ©Espace Monte-Cristo

Questionner l’identité méditerranéenne, c’est admettre que ses enjeux géopolitiques sont inhérents à la construction de son histoire. Les artistes évoquent des conflits présents dès la fondation des grands empires et ceux dont ils sont eux-mêmes témoins.

Ils parlent du soulèvement des peuples, prise de risque dictée par un éveil de conscience collectif dans l’espoir d’une vie meilleure ; ils questionnent le concept de révolution, qui selon l’étymologie du mot, peut parfois ramener ses acteurs à leur point de départ.

Le bassin méditerranéen est la terre sur laquelle ces artistes vivent, créent, celle dont ils s’inspirent. Il s’est nourrit des différents mélanges issus des vagues migratoires. Frontière abolie entre les peuples, la Mare Nostrum, reflet de notre identité transnationale, nous contraint à repenser notre définition du « vivre ensemble ».