BÊTES DE SCÈNE : PARCOURS THÉMATIQUE

CABINETS DE CURIOSITÉ

Apparu au XIVe siècle, un cabinet de curiosité ou Wunderkammer, ancêtre des Musées d’Histoire Naturelle, est une collection censée résumer le monde en un lieu « humanisé ». Les pièces rassemblées sont souvent des animaux naturalisés ou des espèces végétales de toutes origines ainsi que des objets étonnants et extraordinaires.
C’est par l’observation de cet arrangement que nous pouvons satisfaire notre libido sciendi, traduit par curiosité, émerveillement et étonnement, devant la profusion et la richesse de notre monde.
À l’instar de Mark Dion qui propose une interprétation contemporaine du cabinet de curiosité soulevant ainsi la complexité de notre relation aux animaux, d’autres artistes, tels Johan Creten et Philippe Pasqua, explorent la fugacité du temps qui passe et renvoient l’homme à sa mortalité en proposant des vanités.
La Fondation Villa Datris a également créé deux cabinets de curiosité : le premier nous plonge dans l’océan en rassemblant des pièces trouvant inspiration dans les fonds marins de Caroline Achaintre, Jean-Marie Appriou, BACHELOT & CARON, Mirko Baselgia, Laurent Grasso, Tue Greenfort, Eva Ramfel et Ugo Rondinone. Le second réuni un ensemble d’oiseaux nés de l’imagination de César, Keping Wang, Corneille et Jean Tinguely.

Europea’s Dream, Johan Creten

©J. Creten/ADAGP, Paris 2019
Courtesy Perrotin & Johan Creten. Photo : ©Frank Couvreur

LANGAGES ANIMALIERS

Les divinités ou les créatures imaginaires réalisées par Rina Banerjee, Kiki Smith et Gabriel Sobin mettent en évidence l’importance des espèces animales dans les cultures humaines. Elles imprègnent notre façon de parler. On dit bien « malin comme un singe », « gai comme un pinson », Delphine Gigoux-Martin, Gloria Friedmann, Giacomini et Sellies ou Mamadi Seydi s’amusent à mettre en sculptures proverbes et expressions qui convoquent des traits animaliers.
Le champ lexical qui l’accompagne glisse toutefois, à propos des femmes, de l’humour à l’hostile. On peut dire qu’elles sont louves, araignées, mantes religieuses…

Les artistes Annette Messager, Prune Nourry, Katia Bourdarel ou Céline Cléron vont détourner la figure de ces femelles, perçues comme inquiétantes car dominant les mâles, en appuyant sur des forces et des qualités féminines. Elles dénoncent ainsi, avec subtilité, la domination masculine qui prédomine les comportements et le langage.

Benou, Gabriel Sobin

Courtesy de l’artiste. ©ADAGP Paris, 2019. Photo : ©Franck Couvreur

SAUVAGERIES HUMAINES

Dans un souci de comprendre et dominer notre environnement, nous avons pensé et classé les animaux selon nos besoins, nos désirs et l’utilisation que nous pouvions en faire. Ils peuplent notre quotidien ou habitent nos fantasmes, nos craintes et nos peurs.
De cette hiérarchie culturelle des animaux pensée par les humains, le lion est le roi. Pour Wim Botha, artiste sud-africain ou encore Dimitri Tsykalov, artiste russe, cet animal devient le symbole de la dictature, du colonialisme et du militarisme.
En découvrant les pièces de Mrdjan Bajić et Harald Fernagu, les animaux symbolisant la violence ne sont pourtant pas toujours ceux que l’on croit. Sous la main de l’homme, le chien fidèle et tranquille de Stephan Balkenhol ne peut-il pas devenir une arme chez Barthélémy Toguo ?
Les oeuvres de Céline Cléron qui proposent de nous mesurer à des crânes animaliers et qui soulèvent ainsi des questions sur ce que l’on a pu appeler, par le passé, « bestialité » ne nous forcent-elles pas, en réalité, à nous interroger sur notre humanité ?

Standing Holy Daughter, Prune Nourry
3 Escargots-seins, Annette Messager

Courtesy Templon, Paris – Bruxelles ©Prune Nourry Studio
Courtesy Annette Messager et Marian Goodman Gallery, New York, Paris, Londres
©ADAGP Paris, 2019 Photo : ©Franck Couvreur

Heatsink, Cooper Jacoby

Collection Sebastien Peyret
Photo : ©Franck Couvreur

SURVIES ANIMALES

Les animaux, alors qu’ils enrichissent notre imaginaire, se voient repoussés, soustraits ou supprimés de notre milieu naturel. Le XXe siècle a marqué le point de basculement où les humains surexploitent les ressources naturelles et les animaux comme le souligne Pascal Bernier. Pour Andries Botha, ce qui pouvait être une menace pour l’espèce humaine se trouve fortement en danger et en voie de disparition. Les espèces éteintes, ou en cours d’extinction, deviennent des martyrs de la crise écologique.
Chez Art Orienté Objet, cela s’exprime d’une manière métaphorique, chez Ursula Palla une critique de l’économie libérale, tandis que Miguel Branco et Mark Dion soulignent la négligence et le manque de protection de la part des humains à l’égard de certaines espèces animales. Une forme d’empathie ou d’entraide dont certains animaux sont capables est mise en avant par Dionisis Kavallieratos. Certains artistes, tels Julien Salaud et Claire Morgan, au-delà de la beauté de leurs oeuvres, proposent une interrogation sur la mort et la fragilité. Tout n’est pas perdu, des réflexions peuvent amener à des solutions pour le futur comme chez Cooper Jacoby.

HYBRIDES ET MUTATIONS

De nombreuses actions humaines sont néfastes pour l’environnement et impactent les milieux naturels. Serons-nous désarçonnés comme nous le suggère LA FRATRIE ? Certains animaux sont obligés de s’adapter à leur nouvel habitat, à un milieu perturbé et modifié comme on peut le voir chez Laurent Perbos ou encore Antonio Gagliardi.
D’autres changent de comportements, de territoires ou bien mutent. Cette évolution, si elle ne se fait pas d’elle-même, peut-être générée par des manipulations génétiques ou nanotechnologiques. Arriverons-nous un jour à une généralisation des créatures hybrides telles que celles créées par Béatrice Arthus-Bertrand, Laurent Le Deunff, Stéphane Darrot ou Terrence Musekiwa ? Les artistes témoignent de cette inquiétude.

Sweet Home 3, Antonio Gagliardi

Courtesy Galerie Porte Avion. Photo : ©Franck Couvreur

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