Pour sa 8ème exposition, la Fondation Villa Datris a choisi d’explorer les différents modes d’expression de la sculpture contemporaine, à travers le tissage et le tressage, en présentant 106 œuvres de 74 artistes.

Cette thématique, qui tire ses racines dans les pratiques universelles et ancestrales, évoque naturellement les gestes sur le métier à tisser, la trame et la chaîne, le-va-et-vient de la navette et les fils qui s’entrecroisent et donnent corps à la matière textile.

Les artistes de notre temps puisent dans ces gestes immémoriaux une approche sensible et sensuelle de la matière, des fibres, fils ou brindilles ainsi croisés et assemblés. La démarche du tissage ou du tressage bouscule les paramètres modernes de l’urgence et réintroduit une autre temporalité.

Danièle Kapel-Marcovici
Fondatrice et présidente

Chaque exposition à la Fondation Villa Datris ouvre un nouvel horizon riche de découvertes. J’ai ainsi pu aller à la rencontre des artistes du textile et plusieurs m’ont parlé de leur travail : Raymonde Arcier, Christian Jaccard, Marinette Cueco, Pierrette Bloch, Rina Banerjee, Chiharu Shiota… Découvrir leur démarche profonde est ce qui me passionne et fait partie de la richesse du travail de recherche, donnant à chaque exposition une signification personnelle et artistique.

Le résultat est fabuleux, avec par exemple l’énergie bondissante de ces deux œuvres de Nick Cave, venues directement de New York ; la splendeur d’El Anatsui, magnifique et incontournable ; la délicatesse du tondo végétal de Marinette Cueco ou l’époustouflante trame de cuivre d’Antonella Zazzera.

Soundsuit, Nick Cave. Courtesy de l’artiste et Galerie Jack Shainman, New York
Photo : ©James Pinz Photography

Mes choix ont toujours été libres et personnels, avec parfois des pièces transgressives, porteuses d’un sens politique, sociétal comme Au nom du Père de Raymonde Arcier, expression de combats féministes que je partage. D’autres œuvres offrent aussi une perception décalée, surprenante, presque magique, comme les nœuds obsessionnels de Christian Jaccard ou les fétiches multicolores mystérieusement entrelacés de Judith Scott.

Les matériaux offrent toutes les sensations, douceur et rugosité, force ou fragilité, qu’ils soient issus de la nature ou de la production industrielle. La corde s’érige telle un étrange menhir avec Judy Tadman et avec Rina Banerjee, les passementeries s’animent en une explosion de couleurs baroques. Quant à L’Oiseau de feu, Hommage à Stravinski de Jagoda Buić, il devoile la scénographie d’une harmonie subtile et puissante entre les pièces.

Au nom du père, Raymonde Arcier.
Collection du Centre Pompidou, Paris. Don Raymonde Arcier en 2018
Photo : ©Franck Couvreur

Armonico LXXXV, Elena Redaelli
Courtesy de l’artiste
Photo : ©Franck Couvreur

L’exposition explore ainsi librement la métamorphose du fil, du lien, du tressage et du nœud. On découvre une tension intéressante entre l’universalité de l’utilisation du textile et la force de l’inspiration de leurs traditions natives pour les artistes. La fantaisie rime constamment avec l’inventivité, comme cette installation poétique et inattendue en tressage de bambous de Mireille Fulpius – où pour la première fois une œuvre est accrochée sur la façade – comme aussi la superbe sculpture textile d’Elena Redaelli qui émerge vers le jardin.

Au milieu de la nature exubérante des jardins, avec ses branchages, lianes et rhizomes, la fibre et le textile tracent leur route, et l’osmose se fait à merveille. Le cœur de la Villa Datris a trouvé sa place dans les ramifications magnifiques d’un figuier accueillant, qui s’est laissé conquérir par l’œuvre d’Aude Franjou, Le Cœur du Figuier, symbole de naissance et de renaissance. Un précieux fil rouge qui nous guide tout au long de l’exposition « Tissage / Tressage… quand la sculpture défile ».

Danièle Kapel-Marcovici, fondatrice et présidente