LE PARCOURS THÉMATIQUE

En 2017, la nature reprenait ses droits à la Fondation Villa Datris. L’exposition « de Nature en Sculpture » invitait à découvrir des générations d’artistes qui ont choisi la nature comme étant le cœur de leur travail.
À travers leurs regards se matérialisent les multiples facettes de cette nature, à la fois paisible, tumultueuse, merveilleuse et inquiétante. L’exposition jouait avec le respect, la vulnérabilité, la force et toutes les émotions que la nature suscite en nous. La longue évolution du regard occidental posé sur son environnement transparaît dans l’espace d’exposition.
Du Jardin d’Éden aux catastrophes écologiques, de la nature nourricière à celle du sublime, notre vision de nature n’a cessé de se transformer. C’est aujourd’hui par nos actions que la nature se métamorphose à son tour. Jouant sur le naturel et l’artificiel, les artistes d’aujourd’hui nous permettent d’imaginer la nature de demain.

Mireille Fulpius, Sortie de route, 2017
Courtesy de l’artiste ©ADAGP, Paris
Photo : ©Tim Perceval

SORTIR DES SENTIERS BATTUS
Dans les années 1960, s’opère une remise en question de l’art. Les artistes vont chercher de nouveaux matériaux et surtout, de nouveaux lieux pour s’exprimer. Parmi eux, certains choisissent de sortir de l’espace de la galerie et des institutions, de voir la nature comme nouveau terrain de jeu. Les artistes réalisent des interventions dans l’espace naturel. De ces dernières, éphémères et in situ, demeurent les témoignages sous forme de photos ou vidéos. L’influence de l’américain Robert Smithson et du britannique Richard Long, qui ont contribué au fondement du mouvement du Land Art, perdure chez les artistes contemporains. Mireille Fulpius et Nils-Udo qui créent cette année des installations pour la Fondation, dans le jardin de la Fondation Villa Datris, qui attestent de la force du Land Art aujourd’hui.

MATIÈRE « NATURE »
Les artistes renouvellent leur conception de la beauté de la nature. Si certains, comme Eva Jospin s’intéressent à la représentation de la nature ou du regard qu’on lui porte, d’autres se concentrent sur sa matérialité et sa vitalité. Dès la fin des années 1960, ils explorent la matière végétale, révèlent sa structure et en épousent les formes. C’est le cas de Giuseppe Penone, figure majeure de la tendance Arte Povera, Toni Grand et Pauline Bazignan. D’autres artistes comme Anne Mangeot ou Ricardo Brey choisissent des matériaux glanés le long de leurs voyages. Ils créent des assemblages s’inspirant de savoir-faire de cultures anciennes ou traditionnelles évoquées chez Daniel Dezeuze, Moffat Takadiwa, Adrien Missika et Adrien Vescovi.

NATURES MATHÉMATIQUES
Avec les avancées scientifiques de la biologie, nous pouvons désormais nous représenter la structure même de la nature et de ses composants. Révélant l’invisible, comme l’ADN, la science bouleverse notre perception. Vers les années 1980, des artistes s’en emparent, comme Miguel Chevalier et ses représentations autour de la croissance et des structures fractales. A partir des mouvements organiques, Loris Cecchini et Laurette Atrux-Tallau poursuivent cette exploration pour créer des œuvres dynamiques et immersives dans l’espace d’exposition. Elias Crespin, Manuel Merida ou encore Susumu Shingu profitent de la technologie pour simuler les mouvements de la nature.

BEAUTÉS BIOLOGIQUES
Dans les années 1990, des artistes s’intéressent de plus près à la biologie et au vivant. A cette époque, le paysagiste Gilles Clément travaille sur la notion de jardin planétaire ; sans arracher ni planter, mais en « conduisant », en accompagnant les plantes qui traversent son jardin. Le fait de laisser le vivant devenir acteur, voir faiseur d’œuvre, devient alors une notion centrale. Si Christiane Löhr intègre le végétal dans une approche minimaliste, Michel Blazy joue le rôle d’expérimentateur, dont les protocoles visent à conduire la beauté de la nature. Contrairement à ce dernier, qui nous immerge dans sa nature, Cécile Beau nous replace hors de la sienne, nous laissant spectateur d’un microcosme à protéger.

Miguel Chevalier, Pixacantha Baudelairis, 2009
Collection Fondation Villa Datris ©ADAGP, Paris
Photo : ©Tim Perceval

Fabrice Hyber, L’Homme de Bessines, 2014
Courtesy de l’artiste et Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles ©ADAGP, Paris. Photo : ©Tim Perceval

NATURES SOUS ACIDE
Grâce à la science est révélée l’ampleur de la destruction de la nature par l’Homme. Avec les catastrophes écologiques de ce dernier demi-siècle, l’Occident prend conscience que la nature n’est pas une ressource inépuisable. Dès les années 1970, des artistes comme Tetsumi Kudo traduisent l’inquiétude environnementale. Loin d’une vision macabre ou désenchantée, les artistes nous montrent une nature vitale et poétique qui renaît, s’hybride, mute, et adopte des formes jusque-là inconnues, comme chez Bérénice Szajner et Anne Ferrer. Dans les pas d’Yves Klein, Fabrice Hyber montre l’Homme « absorbeur » de ces changements. Carsten Höller nous pousse à l’hallucination, Yayoi Kusama nous livre les siennes et Christophe Berdaguer & Marie Péjus mettent en volume des tests psychologiques. Une nature alternative en jaillit.

NATURES-FICTIONS
Pour certains artistes, imaginer l’avenir nous pousse à interroger le présent et la civilisation moderne. En dépassant l’opposition entre naturel et artificiel, les artistes nous projettent dans un avenir de science-fiction. Selon Laurent Pernot, les cactus seraient gelés. La culture populaire de Gilles Barbier revient à l’état de ruine envahie par la végétation, tout comme l’architecture contemporaine chez La Fratrie. Notre société actuelle en est projetée au rang de sites antiques. Dans cet univers fictionnel, tout est possible. Pour Bastien Joussaume, les matières artificielles sont les nouveaux minéraux et pour Adrien Missika les planètes poussent dans un jardin zen. Françoise Coutant nous propose de promener un nuage, quand il pleut du métal dans le monde de Carlos Medina.

DE SCULPTURE EN NATURE
Des scientifiques qualifient désormais notre ère géologique d’Anthropocène (anthropos = homme), c’est‑à‑dire transformée par l’action humaine. Face à ce constat, les artistes contemporains renouvellent cette notion très romantique qu’est le sublime, un sentiment esthétique d’effroi de l’Homme face à la grandeur de la Nature. Certains artistes de la nouvelle génération, comme Julian Charrière, David de Tscharner et Eva Ramfel reconstituent des nouvelles natures. D’autres imaginent de nouveaux paysages, comme Susanna Lehtinen & Silvia Cabezas-Pizarro, Anne Pharel et enfin Hicham Berrada qui nous plonge dans des univers chimiques et poétiques.

Hicham Berrada, Présages, tranches, 2017
Courtesy de l’artiste and Galerie Kamel Mennous, Paris/London
©ADAGP, Paris. Photo : ©Laurent Lecat